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SORET, Jean-Hugues Philosophie de l’Action catholique, Blondel-Maritain

septembre 10, 2013 Laisser un commentaire

Paris : Cerf, 2007.

Jean-Hugues Soret est un prêtre — « curé de paroisse » selon sa fiche auteur sur le site des éditions du Cerf —qui enseigne l’histoire de la théologie à l’Université Catholique de l’Ouest (d’Angers). Il propose une approche intéressante de l’Action catholique fondée sur les idées théologiques et non l’histoire des mouvements. L’argument principal de cet ouvrage (qui est la reprise augmentée d’une thèse de 1991) est simple :

on ne peut comprendre l’histoire de l’Action catholique en France sans saisir en arrière-plan le débat intellectuel et théologique français entre deux figures majeures : Maurice Blondel (1861-1949) et Jacques Maritain (1882-1973).

La généalogie romaine de l’Action catholique

L’ouvrage, d’une remarquable densité, aborde sur le temps long de l’organisation de l’Action catholique dans le dernier tiers du XIXe siècle à la crise de l’ACJF en 1956 les courants tant romain que français qui ont irrigué l’engagement des laïcs dans la société. En procédant une telle généalogie (chapitres 1 & 2), l’auteur veut surtout montrer qu’on saisit mieux les crises des mouvements et les incompréhensions qui ont pu surgir entre différents acteurs.

L’Action catholique surgit dans la pensée du Magistère dans le dernier tiers du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, en réponse à l’impasse politique où avait mené la ligne intransigeante* qui triomphe avec le Syllabus (1864) de Pie IX. Dans ce mouvement, il rappelle plusieurs étapes qui sont bien connus mais dont il formule synthétiquement leur apport réciproque :

  • Léon XIII (pape de 1878 à 1903) consacre le thomisme** comme le corps doctrinal central du catholicisme dans l’enseignement de la théologie et la production intellectuelle. Les documents officiels de Léon XIII restent même classiques : l’autonomie du politique est récusée, la société politique doit rendre un culte à Dieu et soutenir la seule religion vraie. En un mot, la puissance civile doit se soumettre au pouvoir spirituel (voir l’encyclique Immortale Dei, 1885).  Néanmoins, il opère un premier déplacement en ne liant plus le sort de l’Église à celui des monarchies traditionnelles et permet ainsi le développement de la première génération de partis démocrates chrétiens (même s’il la recadre strictement en 1901 dans l’encycllique Graves de communi ) . De plus, il conçoit l’existence de « questions mixtes » dont la gestion revient autant à l’Église qu’à l’autorité publique. Pour y répondre, il promeut l’investissement de laïcs sous le conseil et l’éclairage des clercs. Enfin, il officialise le catholicisme social par l’encyclique Rerum novarum (1891) qui  consacre l’importance de la question ouvrière et sociale, de la justice des rapports économiques et marchands, dans la sphère d’action des catholiques.
  • Pie X (pape de 1903 à 1914) est le premier à parler officiellement d’ « Action catholique » dans une encyclique à destination de l’Italie Il firmo proposito en 1905. Les catholiques italiens y sont appelés à tout restaurer dans le Christ et ne pas laisser l’Église se réduire à la sphère « temporelle ». Dans la lettre egregi vos à Jean LEROLLE, président de l’ACJF, de 1907 le pape donne les principaux éléments de définition de l’Action catholique : elle passe par l’action sociale (selon la célèbre formule de l’ACJF « sociaux parce que catholiques »), elle nécessite la formation (le tryptique « piété, étude, action »), elle est à distance de la politique et elle est encadrée par des aumôniers. Si en 1910 le Sillon est condamné c’est qu’aux yeux du pape, c’est bien parce qu’il a voulu se placer sur le seul terrain temporel (cf. citation infra).
  • Benoît XV (pape de 1914 à 1922) n’apporte rien de substantiel à l’enseignement romain sur l’Action catholique et s’affaire surtout autour de la question de la guerre.
  • Pie XI (pape de 1922 à 1939) peut être tenu pour le grand théoricien de l’Action catholique et de son surgeon spécialisé dans ses discours et quelques passages d’encycliques. C’est sous son pontificat que l’emploi de l’expression se généralise au sein du catholicisme.  Dans l’encyclique Urbi Arcano (1921), il part de la ruine du monde contemporain après la guerre pour souhaiter le retour d’une chrétienté conçue comme la royauté du Christ.  On tient Pie XI comme le père de la spécialisation à partir de la phrase tirée de l’encyclique Quadregesimo anno (1931) : « les apôtres immédiats des ouvriers seront les ouvriers, les apôtres du monde industriel seront des industriels et des commerçants » qui valide indirectement l’intuition du Joseph Cardjin qui organise la première Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) en Belgique en 1925.

*Jean-Hugues Soret situe sa compréhension de l’intransigeantisme dans la lignée des travaux de Jean-Marie Mayeur et Émile Poulat comme l’opposition catholique au libéralisme philosophique, qui fait de la raison individuelle une norme supérieure et de l’indifférence religieuse un moyen de vivre ensemble, ainsi qu’au libéralisme économique qui fait de la loi du profit un principe de déstabilisation des communautés économiques intermédiaires (familles, professions).

**Le courant philosophique faisant référence à l’œuvre du dominicain saint Thomas d’Aquin (1225-1274).

La particularité française

Le grand mérite du livre de Jean-Hugues Soret est de partir de l’enseignement romain pour retourner au cadre national français, ce qui lui permet de saisir les particularités de notre pays dans l’organisation de l’Action catholique spécialisée. Il pointe deux acteurs:

  1. Émile Guerry (« l’Abbé Guerry ») (1891-1969), vicaire général du diocèse de Grenoble et auteur en 1936 d’un ouvrage compilant textes et discours des papes sur le laïcat : L’Action catholique, textes pontificaux (Paris, Desclée de Brouwer, 1936). Il devient en 1939 archevêque de Cambrai et, après la seconde Guerre mondiale, le secrétaire de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques (ACA). On le retrouve comme rédacteur de l’article « Action catholique » dans l’encyclopédie Catholicisme de Letouzey et Ané (Paris, 1948).
  2. Stanislas Courbe (« le Chanoine Courbe ») (1886-1971), prêtre du diocèse de Paris, il gère au nom de l’ACA le Secrétariat de l’Action Catholique à partir de sa création en 1931.

Ces deux ecclésiastiques, par leurs écrits et leur rôle central à l’ACA, théorisent l’Action catholique générale ou spécialisée pour les évêques français. L’Action catholique reste fondamentalement conceptualisée dans le respect de la hiérarchie épiscopale et sous le contrôle des aumôniers même si une forme d’autonomie, jamais accordée auparavant, peut-être octroyée aux laïcs dans l’animation des mouvements. Jean-Hugues Soret pointe les traits particuliers de cette réflexion (et ainsi mieux comprendre les crises ultérieures) :

  • l’apostolat y est conçu classiquement autant comme un moyen de sanctification personnelle qu’un moyen d’établir la royauté du Christ (« rétablir le règne du Christ dans les coeurs aussi bien que la société », GUERRY, 1936, p. 102).
  • Il est conçu de manière extensive par l’épiscopat français. Le secrétariat d’Action catholique de Stanislas Courbe gère plus d’une centaine d’associations, fédérations et mouvements dans des secteurs aussi variés que le catéchisme, la presse, l’école, la préparation au mariage, etc.
  • le « mandat » est un élément central du dispositif de liaison entre les évêques et les mouvements. Le terme (que l’on trouve chez Guerry dès 1936) est tiré d’une phrase du cardinal Pacellli au président de l’Action catholique italienne. Si les fins de l’AC relèvent de la hiérarchie (le clergé), les moyens reviennent aux laïcs.
  • la spécialisation (cf. citations infra) créée par la JOC-F ne saurait toutefois dans l’esprit des concepteurs ecclésiastiques de l’AC modifier fondamentalement la pratique et la doctrine traditionnelles de l’Église : « à aucun moment n’est envisagé l’hypothèse que la pédagogie particulière de la JOC puisse en retour modifier les conditions, voire le contenu, de l’enseignement dont les prêtres sont chargés dans le mouvement » (p. 109)

L’influence de Maritain sur la JOC-F et les prêtres diocésains

Selon Jean-Hugues Soret, la problématique relation entre l’Action catholique et la politique est réglée intellectuellement dans l’œuvre de Guerry par de multiples emprunts à la pensée du philosophe Jacques Maritain (1882-1973). Ce dernier a une influence considérable dans le catholicisme français après la condamnation en 1926 de l’Action Française par Pie XI.

Un ouvrage comme Primauté du spirituel (1927) donne une argumentation intellectuelle de type thomiste à une décision que beaucoup de catholiques ont du mal à recevoir : le primat dans l’action chrétienne revient au « spirituel ». En 1937, Humanisme intégral complète la pensée du philosophe : l’édification d’une nouvelle chrétienté est possible à condition de s’appuyer sur un humanisme « intégral » qui dépasse à la fois le libéralisme bourgeois et le marxisme. Maritain y expose la différence de l’engagement « en chrétien » (qui n’engage pas l’Église en tant que telle, sur le plan du bien commun temporel) et l’engagement « en tant que chrétien » (qui engage l’Église dans son apostolat). Le militant d’Action catholique idéal de l’épiscopat agit « en tant que chrétien » dans les limites du mandat qui lui a été assigné.

Enfin, en prônant un humanisme qui trace son chemin entre le libéralisme et le marxisme, Maritain prend au sérieux le développement du marxisme (via le PCF), notamment dans les milieux populaires. Il donne à comprendre au catholique le « rôle historique du prolétariat » et pointe la responsabilité historique des catholiques qui ont pu laisser supporter le développement des mauvaises conditions de vie du prolétariat. Pour Jean-Hugues Soret, Humanisme intégral influence autant l’épiscopat français que les aumôniers d’Action catholique. Cet ouvrage donne un contenu concret à la thématique de restauration du règne de Christ de Pie XI et influence considérablement tout une génération de militants. Il s’agit d’un élément central du corpus doctrinal des prêtres diocésains, de Pierre Guérin le fondateur de la JOC-F française et des militants jocistes.

L’influence de Maurice Blondel sur l’ACJF et ses aumôniers

Pour Jean-Hugues Soret, le malentendu entre l’épiscopat français, la JOC, d’un côté, et l’ACJF, et la JAC, de l’autre vient qu’une autre figure influence les aumôniers de la JAC ou les aumôniers  jésuites de l’ACJF : celle du philosophe Maurice Blondel (1861-1949). Ce dernier développe une philosophie aux accents plus « immanentistes » où le surnaturel ne pré-existe pas en soi à l’action ni à la nature humaine, mais où la révélation s’accomplit en permanence dans des actions et une histoire collective et individuelle.

Maurice Blondel appartient à une autre génération que Jacques Maritain. Normalien, professeur de philosophie, il appartient à celle des catholiques qui intériorisent fortement l’appel au ralliement (à la République pour la changer de l’intérieur) de Léon XIII en 1891. Il récuse l’idée d’un parti catholique ou même d’un syndicat confessionnel et se montre favorable à une autonomie légitime du laïcat. On le retrouve dans le moment intellectuel du modernisme au tournant du siècle du côté de ceux qui critiquent l’apologétique traditionnelle. Dans sa Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d’apologétique (1896) il appelle les catholiques à accepter comme postulat l’autonomie de la raison et critique le thomisme comme n’étant plus à même de répondre aux exigences modernes. 

Il est en désaccord intellectuel avec Jacques Maritain à qui il oppose une philosophie où l’ordre naturel suffit. Pour Jacques Maritain, en renonçant à saint Thomas d’Aquin, le catholicisme renonce à l’expression rationnelle de la foi (Antimoderne, 1922). Pour Maurice Blondel,  en revanche, la réhabilitation de la scolastique est vaine car nos contemporains sont trop attachés à l’autonomie de la raison. Blondel récuse globalement une métaphysique autonome de l’ordre naturel, là où Maritain défend l’idée catholique d’une « surnature » qui est supérieure à la raison et sans laquelle l’homme s’égare.  Maurice Blondel veut une philosophie ouverte à la possibilité de la foi et qui ne se clôt pas sur elle même.

L’influence blondélienne aurait atteint sa maturité dans les années 1930-1950. La pensée de Maurice Blondel se diffuse par son activité de journaliste (souvent sous pseudonyme), dans des revues comme Politique, revue de doctrine et d’action créée en 1927, mais aussi grâce à son réseau familial : son beau-frère est le fondateur des Semaines Sociales en 1904 et son gendre, Charles Flory, est le président de l’ACJF de 1922 à 1926.

Sur le plan politique, on retrouve chez Blondel et les « blondéliens » une même aversion pour le nationalisme d’Action Française et les différentes forces d’extrême-droite. Durant l’entre-deux-guerres, il se place résolument du côté de la démocratie contre la montée des totalitarismes. Récusant toute forme d’intransigeantisme pratique ou théorique, Maurice Blondel conçoit que des chrétiens s’engagent au sein d’alliances démocratiques. Il aurait ainsi influencé le passage à la résistance de certains membres de l’ACJF. Les blondéliens, en prenant nettement parti pour les démocraties libérales, sont moins tentés par le corporatisme de Vichy ou le soutien à des régimes autoritaires mais catholiques (franquisme). Les régimes libéraux, malgré leur défaut, s’inscrivent dans le moment de leur histoire et apparaissent largement préférable aux totalitarismes de tout bord mais surtout au rêve d’idéales chrétienté qui n’arriveront jamais. La guerre donne comme un écho aux thèses blondéliennes que l’on retrouve chez Yves de Montcheuil (1900, mort au maquis dans le Vercors en 1944) et François Varillon (1905-1978), tous les deux jésuites et aumôniers de l’ACJF. Cette postérité recule dans les années 1950, notamment après la thèse de Paul Ricoeur Philosophie de la volonté qui critique l’immanentisme de Blondel comme une forme d’innocence politique.

L’après-guerre ou l’éclatement d’un malentendu

Un signe avant-coureur : la crise de la JAC de 1955

Afin de montrer l’éloignement progressif de la conception du laïcat chez des militants des conceptions de l’Action catholique de l’épiscopat français telles qu’elles sont exposées dans l’ouvrage d’Émile Guerry de 1936, Jean-Hugues Soret se livre à une série de commentaires de textes et discours d’acteurs catholiques (surtout jacistes) pour montrer l’incompréhension grandissante :

  • le texte inaugural du journal Jeunesse agricole de 1929,
  • le rapport de Jean Gravier, membre du comité national de la JAC, en avril 1939 à Paris,
  • le discours du cardinal Jean Verdier, au congrès national de la JAC en avril 1939,
  • le rapport d’Albert Cabardin, président de la JAC, au Conseil National du Mouvement en décembre 1945,
  • le rapport national d’orientation de la JAC en décembre 1955 proposé par René Colson,
  • la réponse de Jean Guyot, archevêque de Coutances à ce rapport en 1955.

Sans reprendre dans le détail de la démonstration, on peut noter comment émerge à la JAC sous l’influence blondélienne une conception alternative de l’apostolat que celle de l’épiscopat et des forces rurales conservatrices. Ce dernier est conçu avant comme un apostolat social. On ne transforme pas l’individu sans préalablement transformer son milieu. Il ne saurait y avoir une éducation chrétienne sans une éducation humaine préalable. La JAC peut soutenir les aspirations des jeunes à la modernisation des campagnes car cette dernière les humanise. L’ascétisme personnel (se contenter de ce qu’on a, faire avec ses mauvaises conditions de vie) est récusé pour un cheminement intérieur qui conduit le militant de son christianisme routinier et ritualiste à l’engagement, selon le modèle du Christ, pour les autres dans le changement social (rapport d’orientation de 1955).

Pour Jean-Hugues Soret, c’est cette divergence qui conduit à la première grande crise de la JAC dans l’après-guerre. Il en veut pour preuve la réponse au rapport d’orientation par le cardinal Jean Guyot (1905-1988), dans laquelle le prélat insiste sur la mission d’évangélisation des militants, puis, peu après, la promulgation en 1957 de la « Charte de Coutances » qui redéfinit le projet de la JAC dans un sens plus classique. La reprise en main du mouvement conduit également à une mise à l’écart des jésuites de l’aumônerie du mouvement.

La crise de l’ACJF en 1956

Jean-Hugues Soret  apporte donc un nouvel apport historiographique à la compréhension de la disparition de l’ACJF en 1956. Elle est à ses yeux le reflet entre deux théologies de l’engagement des laïcs : « l’ACJF aurait été créée par un laïc pour permettre aux chrétiens de prendre toute leur place, et donc toutes les responsabilités dans la société civile, ce que l’Église appelle le domaine du temporel. La JOC est créée, en dehors de l’ACJF, par un prêtre, avant tout soucieux de faire rayonner la présence du chrétien dans un milieu paganisé » (p. 13) . Si l’Action catholique spécialisée a pu s’organiser dans les années 1920 c’est à ses yeux en raison d’un besoin mutuel rendu caduc dans l’après-guerre : « la JOC [avait] besoin de l’ACJF pour se développer rapidement sur tout le territoire et résister aux attaques dont elle [était] l’objet. Les innovations pédagogiques de la JOC [permettaient ] en retour à l’ACJF d’être mieux implantée dans le milieu ouvrier, là où elle était traditionnellement faible » (idem). La crise de 1956 révèle que la conception de l’apostolat en cours à l’ACJF ne correspond plus aux conceptions de l’épiscopat depuis longtemps. Là pour l’ACJF le plus important était la prise de responsabilité dans la société civile (pour découvrir sa foi), pour l’Action catholique spécialisée des évêques, l’apostolat reste, avant tout, du domaine du « spirituel », de la transmission de la foi et qu’à ce titre il ne peut engager l’épiscopat et l’Église dans une action trop « temporel ».

Pour Soret, il faut lire la crise de 1956 comme le sommet de l’affrontement de deux courants qui traversent l’Action catholique française :

  1. un courant « maritanien », porté par Émile Guerry dans l’édification de sa doctrine de l’Action catholique, dans lequel le monde moderne va de plus en plus mal et sa regénération passe par le rétablissement d’une chrétienté renouvelée,
  2. un courant « blondélien », porté par l’ACJF et la JAC, qui se révèle particulièrement dans l’après-guerre, qui regarde le monde avec sympathie et souhaite voir les chrétiens s’insérer dans les cadres de leurs temps.

Citations

Sur la condamnation du Sillon en 1910 (pp. 84-85)

Les habitudes de libre discussion à l’intérieur du Sillon comme dans la société qui l’entoure, le refus de toute hiérarchie dans le mouvement sinon celle que peut donner la compétence, et donc le refus de donner dans l’organisation une place privilégiée aux prêtres, la rencontre dans l’action sociale des protestants, et même d’athées qui partagent les mêmes aspirations à plus de justice, de liberté, de fraternité , tout cela conduit d’abord le Sillon à rejeter les valeurs modernes […] enfin à déclarer que sauf en matière de religion l’autonomie de la conscience est un droit primordial pour chacun, que la dignité de chacun passe par la reconnaissance de cette liberté

Sur la spécialisation (pp. 108)  :

La spécialisation  est à la fois une méthode de formation et d’apostolat. Méthode de formation tout d’abord qui se caractérise par des traits essentiels : c’est une pédagogie adaptée, concrète et organique. Adaptée au cas de conscience qui se posait à chaque âme dans son milieu de vie alors que l’enseignement du haut de la chaire ne peut être qu’un rappel des principes généraux. Concrète puisque la méthode consiste à faire l’application des principes de la religion et des règles de vie chrétienne dans tous les degrés : dans le milieu familial, professionnel, social s’effore sous une forme déterminée à chacun, sans jamais spérarer le culte, d’un côté, et l’existence humaine de l’autre. Organique enfin, puisque cette application des principes à la vie toute entière se fait collectivement par une réflexion entre personnes appartenant au même milieu, organiquement, c’est à dire que l’organisation elle-même est agent de formation.

Sur la particularité de la JOC-F (p. 109)

La spécialisation résulte avant tout du choix fait par la JOC de ne s’occuper que des jeunes ouvriers. Mais l’originalité de la JOC ne repose pas uniquement sur la spécialisation. Et son succès lui vient de ces moyens novateurs que sont les enquêtes, la vie d’équipe, l’autonomie de décision laissée aux jeunes responsables, une nouvelle compréhension pour l’aumônier de son rôle que résument des formules comme « voir, juger, agir » ou « entre eux, par eux, pour eux »

Sur la position de Maurice Blondel dans le débat ordre naturel/ordre surnaturel (p. 317)

L’ordre surnaturel n’a (…) pas à se surimposer à l’ordre naturel, à la contraindre de réintégrer le droit chemin, mais la Révélation permet plutôt à celui qui la reçoit de discerner dans l’ordre naturel le véritable mouvement qui y est déjà présent et qu’il s’agit de guider vers sont juste établissement (…) l’accord ne résulte pas d’une subordination, même volontaire, du temporel au spirituel mais d’une coopération et d’une concertation dans laquelle l’autonomie de la philosophie est celle de la doctrine ont été respectées, chacune avec sa méthode propre

Dans l’ordre de l’action politique, il n’est donc plus besoin d’un parti catholique, puisqu’il n’y a pas de politique catholique, puisqu’il n’y a pas de politique dont le contenu serait spécifiquement catholique, inspiré directement par la Révélation, nul besoin d’un État catholique, nulle nécessité d’un chef d’État catholique. Il faut et il suffit que l’État, les partis, n’interdisent pas mais, au contraire, favorisent, car c’est l’intérêt de tous, la capacité de chacun à réaliser sa destinée »

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Les crises de l’Action catholique durant les Trente Glorieuses dans l’oeuvre de Denis Pelletier (1945-1975)

septembre 15, 2012 Laisser un commentaire

Nous procédons ici à une relecture d’un petit corpus issu de l’oeuvre de l’historien Denis Pelletier consacré à l’Action catholique et sa crise dans les années cinquante à soixante-dix :

Pelletier, Denis (1997) « L’Action catholique à l’épreuve », chapitre 3 de la Crise catholique, Paris : Payot, « Petite bibliothèque », pp. 73-97.

Crise des mouvements de jeunesse

Dans cette partie d’ouvrage, Denis Pelletier analyse comment les mouvements d’Action catholique participent à cette grande crise qu’il analyse. Il montre comment les mouvement d’Action catholique spécialisée rentrent en crise sur deux plans durant cette séquence de « crise » qu’il identifie dans le catholicisme entre 1965 et 1975 :

  1. Le flou grandissant autour de la notion de milieu. Les mouvements qui  correspondaient bien à la diversité culturelle de la société française en s’organisant selon le principe de la doctrine du mandat implose au cours des années soixante : « La crise est en grande partie d’origine sociologique : la croissance des Trente Glorieuses qui unifie les modes de vie et les cultures remet en cause l’apostolat par milieux et pourrait conduire à en réviser le principe, mais une telle réforme, considéré comme nécessaire par certains dès les années cinquante, pose des problèmes d’équilibre et de rapports de force entre les mouvements » (p. 73).  Au cœur de cet affrontement, il y a bien entendu la JOC-F qui se pense comme  l’Action catholique du milieu ouvrier et ne souhaite surtout pas qu’on associe pastoralement les enfants d’ouvriers à ceux des milieux indépendants (JIC) ou aux étudiants et lycéens (JEC)
  2. La radicalisation politique des mouvements. Elle remet en cause la notion de mandat sur laquelle s’était bâti les rapports entre l’ACS et l’épiscopat français. Si la politisation passe par les mouvements de jeunesse, selon une chronologie propre à l’ensemble de la société française depuis la Guerre d’Algérie et qui culmine au moment de Mai 68,  elle s’exprime également dans les mouvements d’adulte : l’ACO et les chrétiens du monde rural. Il y aurait selon Denis Pelletier un malentendu. Là où les militants se pensaient comme l’élite chrétienne de leur génération, les évêques y voient une sortie du mandat et une radicalisation des cadres du mouvement ne correspondant pas à la réalité de la base. 

 » Ce qui est intéressant dans la crise du modèle militant de l’Action catholique spécialisée, c’est la manière dont le politique y croise le social. Les mouvements étudiants et ruraux sont saisis par le tropisem gauchiste, mais c’est à travers le conflit de génération qui travaille la société française ; la JOC et l’ACO sont victimes de la crise d’identité de la classe ouvrière issue des Trente Glorieuses, mais celles-ci les conduit à s’aligner sur le PCF et la CGT, ce qui pose le problème de la nature de leur apostolat. Au fond, le système de l’apostolat par milieu résiste mal à l’unification des modes de vie et des cultures au profit des classes moyennes » (p. 90)

Mais, des signes avant-coureurs de cette crise sont déjà identifiables dans les années cinquante et soixante :

  • 1956 : la dissolution de l’ACJF (Association Catholique de la Jeunesse Française). Cette dernière avait été pensée dans l’entre-deux-guerres comme l’instance de supervision des différents mouvements de jeunesse dans les milieux. Après-guerre resurgit l’idée d’en faire l’organe fédérateur plus efficace de la jeunesse française. La JOC refuse au nom de la préservation du milieu et l’épiscopat lui donne raison.
  • 1957 : les Secrétariats de la JEC et de la JECF démissionnent pour dénoncer la torture en Algérie.
  • 1964-65 : crise à la JEC et la JECF, puis, « par ricochet », au MRJC. Ces deux mouvements publiaient depuis 1958 un hebdomadaire commun Rallye-Jeunesse.

À leur façon, les mouvements de jeunesse catholiques participeraient de la « crise d’autorité (qui) précède 1968 ». On la retrouve chez les communistes comme chez les protestants.

Devenirs particuliers dans la crise

Mais Denis Pelletier note que les différents mouvements d’Action catholique ne se positionnent pas de la même façon dans cette crise structurelle :

Organisations étudiantes et lycéennes d’Action catholique (JEC-F, Paroisse Universitaire, ACU)

  • Elles sont les plus touchées, notamment par une chute des effectifs. Les mouvements se resserrent sur les populations lycéennes plus qu’étudiantes. L’Action catholique universitaire et la Mission étudiante formées pour les étudiants après 1965 ne retrouvant pas l’ampleur passé.
  • Dans les événements de Mai, la faible participation des étudiants chrétiens vient en partie de là : « elle indique déjà le fait majeur de la période : les anciennes troupes de la JEC partent voir ailleurs, souvent dans un parti gauchiste » (p. 76). En juin 1969, les aumôniers JEC et ACU constatent que les lycéens se tournent vers les Comités d’Action lycéens (CAL) et que la JEC perd son rôle moteur dans l’UNEF.
  • La voie révolutionnaire. En avril 1970, lors du congrès d’Amiens, le bureau national de la JEC engage l’organisation dans la « voie révolutionnaire » suite à l’adoption d’un rapport inspiré fortement des thèses de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Condamnée par Mgr Marty (archevêque de Paris) elle est aussi objet de vifs débats dans le mouvement. Parallèlement l’ACU publie en 1972 une « charte révolutionnaire ».
  • La contestation, sous une rhétorique très politique, concerne aussi l’Église. Il y a un désir de trouver une « radicalité » de la vie chrétienne : « l’irruption du politique s’est opérée sur le mode de l’anti-politique ; plutôt que de procéder à une réorganisation de la société, il s’agissait de témoignait pratiquement, au niveau d’unités sociales restreintes, d’un ‘monde nouveau’, imminent et radicalement différent des situations historiques connues jusque là » (témoignage de Danielle Hervieu, ancienne de la Mission étudiante). Les étudiants catholiques peuvent se tourner contre l’Église institutionnelle et investissent des espaces alternatifs de l’expérience religieuse comme Taizé, Boquen et les communautés de base « contre-sociétés auto-gérées, mais « contre-Églises » qui inventent une ecclésiologie de la base marquée par la spontanéité liturgique. » (p. 78)
  • Un glissement du politique du culturel ou d’un culturel marqué des enjeux politiques selon un enjeu commun à de nombreux jeunes de la génération 1968. Les liens entre les personnes et les communautés, il s’opère un glissement propre à ces années.

Les ruraux (CMR, MRJC) 

  • Il constituent encore la partie numériquement sans doute la plus dynamique de l’Action catholique spécialisée. Les aînés de l’Action catholique du monde rural se retrouve au sein du mouvement Chrétiens en monde rural (CMR) qui regroupe 25 à 30 000 membres répartis en 3 500 équipes et dispose d’un groupe de presse éditant Panorama aujourd’hui, Clair-Foyer, Agri-Sept.
  • La crise se noue de façon particulière sous la forme d’un conflit de génération entre aînés des CMR et jeunes du  MRJC. En 1972, un congrès d’aumôniers est perturbé par des jeunes du MRJC. 
  • Le mouvement est divisé entre ses branches nées en 1967 pour englober la variété socio-économique des ruraux : agriculteurs, jeunes travailleurs salariés, scolaires-étudiants.
  • La radicalisation politique après Mai 68 « d’autant plus rapide qu’elle a les caractères d’une conversion tardive ». À la session nationale de Jambville en 1969 intervient le théologien dominicain Jean-Yves Jolif « proche des milieux communistes ». Le MIJARC  (mouvement international) devient l’un des relais des expériences brésiliennes des communautés de base et de la théologie de la libération. L’analyse néo-marxiste et tiers-mondiste se diffuse dans le mouvement et sert à expliquer les mutations que connaissent les campagnes françaises elles-mêmes (intégration dans l’économie de marché) quitte à remettre en cause les options prises par les aînés de l’ACS en monde rural. En 1972, les instances nationales des CMR choisissent  de renforcer le poids des branches professionnelle sur les fédérations diocésaines.
  • la division du MRJC entre deux courants suite à la démission du bureau national de 1972 : l’un majoritaire emmené par la branche ouvrière du mouvement, défendant un engagement  dans les organisations syndicales existantes et au sein de l’Union avec la gauche, l’autre, minoritaire, derrière le groupe des scolaires et des étudiants, prônant une stratégie de rupture « les rapprochant du gauchisme chrétien »  « la JAC et les 13-17 ans se partageant entre les deux groupes » et les régions
  • la fonte des adhérents parallèlement à cette crise « ces derniers se (détournant) d’un mouvement où ils ne trouvent plus la structure d’encadrement socio-culturel, qu’ils cherchent, ni même, crise rurale aidant, les voies de la promotion sociale dont on bénéficié leurs aînés » (p. 82).

Les ouvriers (JOC, JOCF, ACO)

  • une apparente stabilité par rapport  aux ruraux et étudiants avec une organisation et une presse stable ainsi qu’une protection des évêques de la Commission épiscopale du Monde Ouvrier (CEMO) dominée par les figures de Mgr Ancel et Mgr Maziers.
  • même si l’appartenance ouvrière relève plus du milieu d’origine avec la scolarisation grandissante des jeunes du mouvement, la JOC maintient sa ligne ouvrière « à l’abri des crises intellectuelles » (Conseil National, 1968), du gauchisme, même si « rien ne permet d’affirmer, pourtant, que militants et militantes ne partagent pas les préoccupations de leur classe d’âge face au monde des adultes » (p. 83)
  • ACO se maintient sur une position défensive de la spécificité ouvrière. Elle refuse de siéger au Comité Français de l’Apostolat des Laïcs (CFAL) né en 1960 et qu’ACI et MRJC souhaitaient en faire le lieu d’organisation d’un laïcat à l’allemande.
  • Les mouvements ouvriers apparaissent de plus en plus comme des forces d’appoint de l’Union de la gauche, la rencontre nationale ACO aboutit en 1971 au vote d’une motion en faveur de l’ « élaboration d’une société socialiste » associant le mouvement au « combat de la classe ouvrière internationale »  alors qu’un comité diocésain dénonce l’appartenance de 12 de ses membres au PCF. En mai 1974, lors de 10ème rencontre nationale, l’ACO se prononce en faveur du candidat François Mitterrand en présence de 10 évêques.
  • contrairement aux mouvements ruraux, l’option marxiste sous la forme d’appui à l’union de la gauche, resserre deux générations de militants ouvriers ACO et JOC semblant en accord : le rassemblement de la JOC « Objectif 74 » est marqué par la présence de Georges Marchais dans l’assistance en compagnie des évêques de la CEMO, suscitant la désapprobation de certains de leurs confrères comme Mgr Elchinger de Strasbourg.

Les milieux indépendants (JIC, JICF, ACI)

  • la découverte de la thématique du développement à l’ACI autour de la personnalité de Gabriel Marc (élu président en 1971) qui a participé à l’élaboration du plan qui a suivi l’indépendance du Sénégal et dont la pensée est dans le sillage d’Économie et Humanisme et de l’encyclique Gaudium et Spes.
  • Une relative bonne santé du mouvement des indépendants par rapport aux autres en raison d’une « réflexion approfondie sur la crise de civilisation et ses retombées », réflexions « en termes modérés (…) mais pas tièdes » : « le mouvement remet en cause à la fois les structures quotidiennes du pouvoir social en France et les méfaits du développement capitaliste dans le monde » (p. 94)
  • Un attachement à la démarche spirituelle  « comme fondement d’un engagement politique attaché aux droits de la personne humaine » (p. 95) qui annoncerait la conversion dans la décennie suivante vers l’humanitaire et le désanchentement devant le politique.

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En conclusion, Denis Pelletier note combien l’édifice de l’Action catholique spécialisée imaginé par les évêques français en 1931 dans une France venant d’entrer dans la seconde révolution industrielle est globalement en crise dans les années soixante-dix. Même si cette crise prend l’allure du surgissement du tout politique : marxisme à l’ACI, union de la gauche à l’ACO et la JOC, gauchisme à la JEC et l’ACU, diverses options aux MRJC, « la surenchère des engagements joue comme un leurre, dissimulant la transformation plus profonde d’une société qui se détache du christianisme et se réorganise autour d’autres valeurs. » (p. 97)

Pelletier, Denis (avril-juin 1999) « L’identité jociste à l’épreuve des Trente Glorieuses », Cahiers de l’Atelier, 484, pp. 25-40

L’idée d’une Action catholique spécialisée en crise d’identité en raison des mutations socio-économiques des années soixante et soixante-dix a été développé plus spécifiquement par Denis Pelletier dans un article de 1999. Partant du cas particulier de la JOC, il montre comment on peut lier une série de crises (comme la controverse progressiste des années1950-1954, la disparition de l’ACJF en 1956, les positionnements durant la Guerre d’Algérie ou les événements de Mai 68 et jusqu’à la fin des mandat en 1975) aux mutations globales de la société française durant ces années.

L’historien établit un développe une pensée en trois temps :

  1. Le moment progressiste de l’après guerre et des années cinquante. Il a pu naître dans le catholicisme à la sortie de la guerre et dans le prolongement de la Libération. Il semblait alors possible de rénover la société de fond en comble en prolongeant les alliances inattendues nées de la lutte contre la totalitarisme. Mais si une partie des forces catholiques dans le monde ouvrier se rapproche progressivement d’une alliance avec des groupes communistes notamment des prêtres ouvriers condamnés en 1954 ou une figure comme le dominicain Henri Desroches, la JOC sous la conduite de son fondateur l’abbé Guérin reste fidèle à l’esprit de ses origines et se méfie d’une « dérive temporelle » de l’idée missionnaire.
  2. De 1954 à la fin de la guerre d’Algérie. Si la JOC-F a été à l’écart de la crise progressiste, elle est au cœur de la crise qui voit l’ACJF disparaître en 1956 en refusant qu’elle devienne un organe de coordination plus puissant des différents mouvements d’ACS. La Guerre d’Algérie est également une source de tensions dans les mouvements d’Action catholique (démission des bureaux de la JEC et du MRJC en 1957) ou dans le scoutisme (affaire Jean Müller), néanmoins la JOC se tient à l’écart des crises les plus vives. Autant la dénonciation de la torture que les réformes scolaires pèsent toutefois sur l’expression du mandat et ses limites politiques.
  3. Dans les années soixante, Denis Pelletier note que le conflit d’autorité qui caractérise les babys-boomeurs ne semble pas toucher les militants jocistes : « l’identité jociste a résisté aux tentations de rupture auxquelles le soumettaient la conjoncture politique et socio-culturelle pour préserver le cadre de l’Action catholique spécialisée » (p. 34). Le mouvement se tient prudemment devant Mai 68 et les années suivantes condamne souvent la dérive « gauchiste » qui peut affecter d’autres mouvements catholiques. Il y a un refus de se rallier en 1975-1977 au mouvement des Chrétiens pour le socialisme vu comme trop intellectuel.

Commentant finalement ce relatif retrait de la JOC des crises de l’Action catholique, Denis Pelletier a recours à une explication « sociologique ». Dans la France des années soixante, le monde ouvrier demeure à l’écart de la postérité des Trente Glorieuses. Il subit un fort taylorisme, une parcellisation des tâches, des salaires bas alors que l’inflation est forte, une crise de logement, conserve sa spécificité sociale et culturelle et une « conscience de classe »… L’unification des modes de vie, l’émergence d’une « nouvelle classe ouvrière » et la démocratisation scolaire sont des phénomènes présents mais aux conséquences encore faiblement visibles :

« L’engagement jociste a quelque chose à voir avec la défense d’une dignité qui est inséparable de la dignité ouvrière dans la société française, dignité chrétienne en milieu ouvrier (…) et une dignité d’un militantisme ouvrier au sein de l’Église : un militantisme de jeunes gens laïcs, dépositaires dans leur engagement quotidien d’une histoire, d’un héritage, en un mot d’un patrimoine » (p. 37)

Toutefois, Denis Pelletier note qu’on ne peut prendre le mouvement uniquement comme une force de résistance au changement social :

« Les jocistes n’ont pas échappé à cette caractéristique plus générale des militants catholiques de la période post révolutionnaire, de ne s’être jamais constitué en une contre-société ordonné au refus explicite de la modernité. Bien au contraire, ils n’ont cessé d’inventer leur propre histoire une relation permanente entre la tradition catholique qui donnait sens à leur engagement et le siècle » (p. 40)