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Archive for juin 2013

Compte rendu « Aux marges de l’Action catholique spécialisée »

La notion de « milieu » est au cœur de l’Action catholique spécialisée. Refusant le concept, plus marqué idéologiquement dans l’entre-deux-guerres, de « classe », l’Action catholique — dans le sillage de l’héritage du catholicisme social et de sa vision organiciste des communautés « naturelles » — s’organise par une spécialisation. Cette dernière embrasse les grandes catégories socio-culturelles de la France de l’entre-deux-guerres. Comment cette typologie s’est-elle établie ? A-t-elle toujours vue comme pertinente par les acteurs sociaux ? Comment, au niveau local, s’organisait-elle ? Comment évolue-t-elle lorsque la France connaît d’importantes mutations à l’époque des « Trente Glorieuses » ?

Artisans et petits commerçants dans la JAC-F de 1945 aux années 1960, l’exemple de l’Ille-et-Vilaine »

A partir du fonds d’archives de la JAC-F de la fédération départementale d’Ille-et-Vilaine, Brieuc Guinard a voulu apporter un éclairage sur une catégorie méconnue dans l’historiographie de la Jeunesse agricole catholique : les artisans et petits commerçants. Sans prétendre à l’exhaustivité sur un sujet méritant une étude autrement plus approfondie, la communication rassemblait quelques informations issues essentiellement de la presse militante ainsi que quelques comptes-rendus de réunions et d’activités concernant les artisans et petits commerçants. L’objectif de cette communication était de produire un premier éclairage localisé sur les discours, les activités et les effectifs concernant les artisans et petits commerçants des mouvements agricoles sinon ruraux de l’Action catholique spécialisée. Au sujet de l’organisation, on observe une prise en charge de plus en plus approfondie des artisans et petits commerçants dans la Jeunesse agricole catholique, qu’elle soit féminine ou masculine, au cours des années 1950. Cela se matérialise notamment par l’institutionnalisation progressive d’une équipe fédérale, présente dès la fin des années 1940, à destination de cette catégorie de jeunes. Cette équipe, fonctionnant essentiellement au plan fédéral, organise des activités spécifiques pour les artisans et petits commerçants : camps, rencontres entre jeunes, voyages d’étude… Elle change de nom à de nombreuses reprises, marquant ainsi les frontières fluctuantes quant aux professions qu’elle rassemble en son sein. Elle deviendra par la suite une des branches du Mouvement rural de jeunesse chrétienne au cours des années 1960. Au sujet des discours, on observe deux périodes distinctes. Jusqu’au milieu des années 1950, l’équipe fédérale des artisans et petits commerçants rassemble des jeunes issus d’un « milieu » perçu comme nécessairement différent de « la paysannerie ». Cela est notamment symbolisé par une séparation géographique identifiée comme séparation de « milieu » : les artisans et petits commerçants sont ainsi perçus comme des jeunes des bourgs dont l’identité, sinon la mentalité serait plus proche de celle des urbains que de celles des « paysans des campagnes ». A partir du milieu des années 1950, bien que les équipes fédérales agricoles et non-agricoles proposent toujours des activités séparées, un discours plus rassembleur se fait jour. Ainsi, jeunes des « bourgs » et des « campagnes » sont perçus au même titre comme des garants d’une identité rurale ; une identité à défendre dans la lutte contre ce qui est identifié comme le problème incontournable de l’époque : « l’exode rural ». Au sujet des effectifs, le nombre d’artisans et petits commerçants apparaît augmenter, d’après nos sources très parcellaires, dans les mouvements jacistes au cours des années 1950-1960. En parallèle, il faut avoir à l’esprit que le nombre de personnes présentes dans les secteurs secondaire et tertiaire augmente à cette même époque dans la société française. Cependant, leurs effectifs ne sont pas négligeables dès le début des années 1950 dans les organisations jacistes. Cela montre bien à cette période l’extrême complexité d’espaces ruraux dans lesquels l’Église ne semblait percevoir que la seule dimension agricole. Par ailleurs, cette question de la complexité des professions évoque en creux le grand absent des sources consultées et en ce sens de cette étude : la dimension pluriactive des ruraux à cette même époque.

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Catégories :Compte-rendus de séance